Quelle nymphe des mers n'a pas couru le long des sables des côtes d'Oman ? Quel céphalopode curieux n'est pas resté coi devant les algues empourprées de mes fonds seychellois ? Quelle enfant candide n'a jamais été fascinée par mes coquillages fasciés des côtes bretonnes ? Quelle sibylle ne s'est pas attendrie en retirant une missive antique d'une amphore tout enrubannée d'un varech rouge grenat ?
Que dites-vous des tempêtes légendaires de mes mers australes au-dessus desquelles, albatros hurleurs et fuligineux décrivent d'obsédantes paraboles tout en griffant de l'aile mes vagues striées d'écume blanche ? Pourquoi ces combats violents sur mes eaux de Cythère où chébeks, pinques et galéasses s'embrasaient sous des boulets ramés incandescents et, désemparés, glissaient lentement dans mes abysses ? N'avez-vous jamais vu l'archipel Vanuatu baigné de mes eaux bleu-vert où caouannes et barracudas glissent au-dessus de mes fonds coralliens, évitant des praos squelettiques armés d'autochtones bronzés implorant de quelque pythonisse locale, une pêche tangible ?
Mais, maintenant, d'énormes navires répandent sur mes flots courroucés des liquides nauséeux, noirs et néfastes ! Ingratitude ! Maléfice ! Prenez garde capitaines insouciants, mes typhons, un jour, vous assailleront et les lois drastiques des pays riverains vous traiteront comme des malandrins.