Fine : « C'est vous que c'est ? Depuis le temps ! Moi je me disais comme ça : sûr que cé-ci est restée luguée aux Baléïares ou cluchée devant Derrick. Mais je savais bien que vous pourriez pas vous empêcher sortir aujord'hui, vu que c'est la journée du parti-moine ! »
Phrasie : « Oh, vous pouvez causer ! Vous êtes plus parti-moine que moi, avec vot'figure de mordoussec qu'on dirait tout la commise à Rödel. »
Fine : « Rödel, vous parlez ! Ca c'était le vieux temps qu'avait des usines à Concarneau. Mainnant, c'est Kerfler qu'on fait visiter au monde. Pensez un peu : l'usine à têtes, ménerguez. Même qu'y paraît que c'est tout nickel en-dedans. Pas besoin d'aller voir le palais à Sarko. Du parti-moine, vous savez bien que ça c'est pas une vraie usine, qu'y a même pus les odeurs de poesson, ni la gleure, ni même les bailles remplies de têtes de serdines qu'attiraient les mouches autour, que nos jupes étaient tout intoxiquées avec eux. Mais au moins ça donnait du travail aux treuz ! »

Phrasie : « Pour sûr ! Remarquez, pour ceux qu'aiment pas les discours de rapronobis, y z'ont prévu cette année des « visites-flash » comme y disent : en 20 minutes, on sait tout sur l'histoire de Concarneau. C'est vrai qu'avec ce qui reste de bateaux, y suffit de trois minutes pour espliquer le port de pêche. Même les goélands y z'ont pus arien à bouffer, qu'y vient brailler sur ma chiminée que ma lessive est tout consommée avec eux ! »
Fine : « Et vous avez vu ? Même la B.M.A du Grand-Chemin qui z'ont fermée. Plus avancés, mainnant y savent pus quoi en faire. Concarneau d'en haut, qu'y disaient déjà, avec des terrasses, des ascenseurs et tout le qu'est-ce qui faut pour le beau monde. Tiens, voilà tout ça qui part à dreuz ! Pas assez de clients, à ce qui paraît. C'est vrai qu'avec tous les quartiers neufs, on sera bientôt rendu à Quimper sans savoir. Et qui's qu'on va trouver à mett dans tous ces baraques ? Y savent ce qu'y veulent ou quoi ? »
Phrasie : « Ous'qu'on va, oui. Enfin, pour la thalasso, au moins, le plus gros travail est fait : y z'ont abattu le grand peuplier des Sables-Blancs ! Soi-disant malade qu'il était. Sûrement à force de ne rien voir sortir de terre, depuis le temps. Ce coup-ci, au moins, y z'auront pus d'escuse, y aura même pus d'ombre pour gêner les futurs palmiers en plastique et même ceux qu'auront pas les moyens pourront terlucher les beaux immeup'de résidence. Greyés qu'on sera, sûr ! »

Fine : « Moi, je suis pas gênée avec tout leur reuz, mais qua même, y a des choses qui se font pas : vous avez pas vu ? Un mur d'escalade qu'y veulent installer de cont'not'clocher de la Ville-close ! Chessus, des effrontés que c'est d'aller faire des choses pareilles. Y croivent aller plus sûr au ciel en grimpant là-haut ? Vous savez bien que c'est pas honnête d'aller jouer avec un clocher. Escalader saint Guénolé ! y a même pus de religion avec eux ! »
Phrasie : « Dans l'Ouest-Eclair que vous avez lu ça ? Moi je vois pu rien dans mon journal. A part les morts intéressants que je regarde en premier, y mettent plus que des photos aussi grandes que la page avec du monde qu'on connaît même pas dessus. »
Fine : « Moi je trouve ça rigolo : même plus besoin de mett'mes lunettes : y sont presque grandeur nature ! Et pis ceux-là sont fiers d'êt'en grand, du coup, ça fait vendre le journal ! »
Phrasie : « Tiens, à propos de rigoler, voilà que hier je vais avec une copine faire le tour de Kernéac'h voir mon coin à châtaignes, des fois qu'è seraient été mûres. Qu'est-ce je vois ? Le chemin tout prop'de ses feuilles, des cailloux peints en rouge, des pancartes « attention aux racines ». Mâ, je dis comme ça, c'est Nicolas qui doit passer par là ou quoi ?- Pé non qu'è me fait, ma copine, c'est pour la course à pied, des fois qu'y sauraient pu voir où mett'leurs pieds ! ¯ Oh, que je fais, ça c'est pus un chemin, toujours ! Si y veulent du tout plat, y feraient mieux aller courir sur le parking la criée, au moins y servirait à quèq'chose et nous on garderait nos chemins sans chistrous. »
Fine : « Mais on reste ici à dégoiser aleurs qu'y faut je vais faire mes cheveux chez Annick. Tiens, pisque je suis du parti-moine, comme vous dites, peut-être qu'è me fera ça pour arien aujord'hui. Mais je suis en train de penser dans ma tête : et si l'année prochaine je remettais mes sabots-claques pour faire encore plus authentique ? »