|
|
Les équipages et l'entr'aide
LES EQUIPAGES - Ce travail continuel et acharné est celui du « marin - pêcheur ». Le bateau si beau, si moderne, accroit considérablement sa perfection par la qualité de son équipage. L.'équipage doit être « marins », amoureux de son métier, ne craignant pas la mer. De Névez à Trégunc, de Lanriec à Riec sur Bélon, de tels hommes sont nombreux.
Ces pécheurs que par antithèse on-pourrait appeler des « pêcheurs terriens » ont souvent un « Penty », quelques ares de terre, un peu d'élevage. C'est là le royaume de la femme : Le mari est pêcheur, la terre le brûle, il préfère les embruns. Plein d'allant, de ténacité, d'amour-propre, il veut son bateau plus beau, plus grand, plus productif que celui du voisin.
A le voir sur les quais promener son allure déhanchée, les pieds chaussés de gros sabots, à l'entendre parler haut au sortir de la proche buvette on est tenté de le juger autrement.
Les jours de mer faits d'un travail acharné, sans beaucoup de repos, d'une nourriture monotone, nécessitent à terre une détente. La détente c'est parfois la « bordée », dont le grand air du large a vite fait de dissiper le nuage. Très vite le dur labeur reprend ses droits. C'est une qualité de la race bretonne que cette ardeur faite aussi d'âpreté au gain.
C’est une autre qualité de connaître la mer et de savoir la dompter. L'armateur, le sait, qui rémunère l'équipage « â la part », formule appliquée de la vieille et trop souvent vaine théorie de la collaboration du capital et du travail. La cargaison d'un bateau est vendue, déduction faite des frais de vivres, de glace, de carburant, le produit de la vente est partagé dans des proportions déterminées entre l'armement et l'équipage. Celui-ci perçoit de 45 à 50 %, puis ensuite, à raison d'une part et demie pour le patron, une part par matelot, une demi-part pour le mousse, chacun reçoit son dû.
Cette formule, explique aux gens non avertis la solidarité assez étroite qui lie l'équipage à l'armateur. Si parfois il est des dissensions, elles n'ont ni le sens, ni la gravité de la plupart des autres conflits sociaux. Les marins-pêcheurs sont des collaborateurs directement, intéressés aux résultats obtenus. Et si leur gain est intéressant, il est le fruit d’une existence pénible qui leur fait mériter un traitement spécial. Pour s'en convaincre, il n'est que de visiter un bateau, de regarder les couchettes rudimentaires sur lesquelles pour quelques heures, le marin s'étend alourdi, le corps fatigué par 16 où 20 heures de travail. Le mousse n'est pas parfait cuisinier, il lui faut néanmoins préparer les repas de l’équipage, repas substantiels, mais modeste et monotones.

Les jours et les nuits se succèdent ainsi. Le seul lien avec la terre est la radio, dernier apport du progrès, encore que tous ne la possèdent pas. Chaque jour brièvement le chalutier donne des nouvelles et l’heureux moment du retour est annoncé, afin de pourvoir au déchargement à la vente du poisson. Si la panne de moteur survient, si la mer déchaînée provoque l'avarie grave, les ondes transmettent l'appel au secours, moments angoissants mais rendus moins pénibles par la quasi-certitude qu'il est entendu et que le secours sera bientôt là. Miracle sorti d'un petit poste soigné comme un bijou.
L'ENTR'AIDE - Que de fois hélas, cet hiver, des désastres ont endeuillé ta côte bretonne. La mer prend parfois de terribles revanches sur les hommes qui fouillent ses entrailles et lui arrache ses trésors. Le temps soudain fraîchit, les lames grandissantes assaillent le navire, les membrures craquent, l’eau embarque. Le moteur s’arrête ou bien c’est la voie d’eau. Les pompes de cale sont impuissantes. Le navire penche à tribord ou à bâbord. Secoué comme une coque de noix, il se disloque et sombre emportant avec lui des hommes vaincus. Là-bas dans le port, les femmes attendent. Trop vite toujours, la nouvelle leur parvient. Ce sont des veuves sanglotantes, ce sont des orphelins trop jeunes pour comprendre. Ce sont des familles privées du soutien paternel Risques du métier ? Il serait cruel d'expliquer ainsi leur souffrance. Quel autre métier comporte de si grands risques ? Quelle autre entreprise développe et engendre l'instinct de solidarité du marin ?
Cet instinct à Concarneau a rayonné. Et lorsqu'en 1943, fut fondée la Caisse d’ Entraide aux familles des marins péris en mer, tous dans le port apportent leur obole. Chaque année, désormais, " LA FÊTE DE LA MER " en Juin, est la fête du Souvenir, la fête de l'Entraide, l'occasion de réjouissances, certes, mais uniquement profitables aux familles des disparus. Et les autres, ceux qui ne sont pas du port, ceux qui en visiteurs ou en artistes, apprennent à apprécier la rude vie du pécheur, peuvent aisément apporter le concours de leur générosité à l'oeuvre magnifique qu'est la Caisse Concarnoise d'Entraide.
La vie réelle de Concarneau est plus intense que dans ces lignes. Le passé lui est une auréole. L'avenir sera celui que veulent les hommes qui le servent. Leur volonté vaincra les difficultés. Elle fera de Concarneau le port de pêche par Excellence.
J. BALLERY
Président du Syndicat de l'Armement Concarnois
à la pêche
Membre du Comité Central des Pêches Maritimes
Président de la Caisse Concarnoise d'Entr'aide
en faveur desfamilles des marins péris en mer


|